III. C. Documentaires eSM&R
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Les truculentes bouffonneries de Benny la Merguez !
Le tournoi de rugby de l'ENSCPB vu depuis le barbecue ; un reportage dans le feu de l'action par Benny la Houppette

Il était à peu près dix-sept heures trente quand votre serviteur foula le sol du stade du Chiquet en ce fameux vendredi 14 mars 1997 — jour du poisson — veille de la nuit Cybèle. Le ciel était alors très gris et il allait pleuvoir ; un vrai temps de rugbyman comme je le redoutais !
Introduit secrètement sous la couverture d'une identité faussée — un certain Ramirez —, j'avais pour mission de rendre compte des joutes qui allaient avoir lieu dans cette légendaire arène du rugby, déguisé en bouteille de bière (moi, pas le stade).
Fin prêt depuis plusieurs semaines, solidement entraîné, je m'installai rapidement derrière le comptoir de la buvette : bière au frais, réglages des verseurs à pastis et mémorisation des tarifs. Comme prévu, j'avais le meilleur point d'observation dont un journaliste puisse rêver, la verte pelouse s'étendait devant la buvette, impatiente comme moi que les affrontements commencent (la pelouse, pas la buvette).
Vers dix-huit heures arriva l'équipe de l'IUT B ; de solides gaillards qui nous prêtèrent main forte pour les préparatifs. Ils s'échauffèrent sur le terrain avec professionnalisme et le stade s'emplit progressivement d'un bel esprit sportif. Puis CPB vint planter ses crampons au Chiquet et nos équipes commencèrent aussitôt leurs mouvements d'échauffement, à savoir : l'assouplissement de l'articulation du coude en levant des verre de pastis de plus en plus chargés.

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Une chose me turlupina soudainement : pourquoi diable avais-je du endosser l'identité de ce Ramirez ? Je me suis dit que tout ceci commençait à sentir le roussi, et que puisqu'il n'y a pas de fumée sans feu, ces soupçons devaient être fondés (intuition).
Une fois l'ENSERB, le PIOM, puis tous les autres arrivés, les matches purent débuter ; et comme les traditions sont tenaces, la pluie se mit à tomber. Par réflexe mental, je me suis surpris à penser que la situation allait se «corser» — comme Napoléon l'avait dit avant moi.
Je ne croyais pas si bien penser ! On m'appela à l'extérieur :
-- Ramirez !
-- Euh, oui...
-- Viens faire les merguessss !
QUOI ! Moi, les merguez ? (et qu'est-ce que c'est que cet accent ?) Aaargh ! J'accourus au dehors en espérant que quelqu'un d'autre que moi se prénommait Ramiresss. Hélas, c'était bien moi qu'on avait demandé. On me tendit un journal, des allumettes CPB et on me posta au côté d'un demi baril de métal à moitié rempli de cendres ; de toute évidence un barbecue primitif de l'ère paléolithique.
Après qu'on m'ait balancé une vingtaine de kilos de charbon de bois et un laconique «Grouille-toi Ramirez, on a les crocs», je me retrouvai seul et je me suis dit que de toute évidence quelque chose dans mon plan avait foiré ! Un de mes indics avait dû se faire griller, c'était la barbe(cue) ! Il fallait maintenant que je réussisse à me sortir de ce pétrin ou bien alors j'allais me faire chauffer les oreilles. «Du calme, du calme, pensais-je, j'ai le temps, y'a pas le feu !». De toute façon, je devais sauver ma couverture avant qu'elle ne parte en fumée, jouer Ramirez le Roi de la Merguez le mieux possible et garder contre mauvaise fortune pompier et bon œil.
Je chiffonnai donc quelques feuilles de papier, remplis le demi-cylindre de charbon et je mis le feu non sans m'être au passage énervé après ces s... d'allumettes CPB à la c... «Bien, très bien, murmurai-je, pour l'instant je maîtrise la situation. Mais ne nous enflammons pas, si je ne bouge pas d'ici, je ne verrai rien des matches...»
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J'abandonnai le barbecue à son sort pour tenter de suivre le premier match. Direction la buvette. À mon entrée, je découvris que ma place, mon poste d'observation, celui que j'avais si longtemps cherché, était occupé par trois olibrius féminins ; elles couraient dans tous les sens, des verres de pastis à la main. Sur leur T-shirt on trouvait un éléphant ayant l'air aussi aimable et mondain qu'un pitt-bull affamé. L'une des jeunes femmes m'interpella : «Deux merguez, une saucisse, et grouille-toi Ramirez, ils ont les crocs !»
Enfer et damnation, il allait falloir la jouer fine, ça allait être chaud ! J'empoignai quelques barquettes de charcuterie et retournai auprès de mes braises.
Mon Dieu, toute une vie passée dans le journalisme pour en arriver là... Je sentis que je perdais courage, j'eus même l'espace d'un instant l'idée de me mettre à table et de tout déballer. Et puis je me suis dit qu'avec la température qui régnait près du feu, il ne m'auraient pas cru... ils m'auraient cuit.
Alors, désolé, anéanti, je commençai à aligner sur la grille brûlante rangées de saucisses après rangées de merguez en affrontant les flammes de cet enfer de poche auquel Vulcain même n'aurait oser rêver. Peu à peu le personnage de Ramirez me rentrait dans la peau — avec l'odeur délicieuse de la graisse brûlée — et une lancinante mélopée vint chantonner à mes oreilles : «Les merguez sont mes amies, il faut les aimer roussies...» Ah ! Quelle honte !
Un peu plus tard, un type déguisé lui aussi en bouteille de bière avec ce même T-shirt rouge que je portais, vint à ma rencontre et me salua : «Tiens, salut Benny !»
Par un réflexe incontrôlé et totalement involontaire, j'attrappai le gars par le colbac et lui mis la fourchette chauffée au rouge sous le menton.
-- Mais ta gueule enc..., je suis ici incognito. Redit ça une seule fois et tu finis sur le grill avec les autres, OK ?
-- Oh pardon Benn...
-- Ramiress, appelle-moi Ramiress, le roi de la merguess...
Je lachai le pauvre type et reconnu un collègue : Died... Palsanbleu, que fichait ce trublion dans les parages ?
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J'y étais !
Le journal ! Il m'avait envoyé une équipe de secours ! Je me retins de l'embrasser...
Moi
-- Viens, mets-toi là, lui dis-je en désignant la forge volcanique, attrape-moi une mergu... AIE !!! Mais nom de Dieu, qu'est-ce que tu fiches ?!
Died
-- Ben... j'attrape un truc rouge là qui sent si bon la viande grillée...
Moi
-- Died...
Died
-- Mmmh ?
Moi
-- Ce truc rouge qui sent si bon... C'EST MON DOIGT !!!!
Died
-- Ah pardon...
Moi
-- Oui, c'est ça... tu vas voir de quel charbon de bois je me chauffe, espèce de sale me...
Une voix derrière
-- DEUX MERGUEZ, UNE SAUCISSE PAS TROP CRUE GRILLÉE D'UN SEUL CÔTÉ ET QUE ÇA SAUTE PARCE QUE DERRIÈRE ILS ONT LES CROCS !
Moi
-- Ta gueule !
La voix
-- Eh ! Reste poli malappris...
Didier
-- Calme-toi Benn... euh... Ramirez, je crois que la moutarde te monte au nez.
La serveuse
-- Non non, c'est un sandwich mayonnaise.
Moi
-- Hein, quoi ? Mais quelle moutarde ? Quelle mayonnaise ?
L'adorable serveuse 
-- Mais pour le sand...
Moi
-- Tais-toi, la bonniche ou tu vas prendre un pain !
La bonniche
-- Mais non, le pain je l'ai déjà, JE SUIS VENUE CHERCHER LES MERGUEZ !
Moi
-- Les merg... C'en est trop ! Rentre dans ta cage avec les autres éléphants roses et ne vient plus barrir à mes esgourdes nom d'une pipe !
Yann
(qui déboule...) 
-- Quoi ? Une pipe !
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Moi
-- RIEN !
Died
-- Ben dis donc Benny, tu pètes le feu ce soir...
Yann
-- Ah ah ah ah ah ah ah ah... Le feu, il pète le feu ! Ah ah ah ah... (Pour vous figurer le rire qui vient à nos oreilles, je vous conseille de regarder une émission quelconque discourant des mammifères marins du Grand Nord)
La fille au sandwich
-- Verts, c'est des éléphants verts...
Moi
-- Quoi ? Ah, oui, je me suis trompé, exc...
Yann
-- Ah ah ah ah, éléphants, trompé... ah ah ah, trompé, éléphants, ah ah ah...
Tout le monde
(sauf Died) 
-- ...?
Died
-- C'est quoi la blague de nouveau ?

SILENCE...

Yann
(cessant de ricaner) 
-- Laisse-moi ta place Ramirez, je vais m'occuper de la demoiselle... Euh, je veux dire, de la merguez de la demoiselle...
La demoiselle
-- DEUX MERGUEZ, UNE SAUCISSE PAS TROP CRUE GRILLÉE D'UN...
Everybody
-- OUI ÇA VA, ON A COMPRIS !!!!

Je ne réalisai pas de suite que Yann venait de me sauver la mise et que j'allais pouvoir enfin observer quelques beaux passages de balle sur la verte prairie du Chiquet.
Quelques instants de réflexion plus tard, après que tout le monde eût regagné son poste, je laissé Didier surveiller le fou... euh, le feu et je courus voir les matches.

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Au passage devant la buvette, mes nerfs réclamèrent une catharsis et je ne pus m'empêcher de demander un sandwich avec tact et politesse : «DEUX MERGUEZ, UNE SAUCISSE PAS TROP CRUE GRILLÉE D'UN SEUL CÔTÉ ET QUE ÇA SAUTE PARCE QUE J'AI LES CROCS !» Une fois en possession de mon trophée, je me suis dirigé vers le bord de la pelouse d'un pas léger et finalement assez heureux de pouvoir restaurer à la fois mon calme et ma personne.
M'accoudant à la rambarde qui entourait le stade, je pris une grande respiration. Quel bonheur de respirer de l'air pur ! Ici, il faisait clair, quelques vaches paissaient gentiment... Ah, non... mais... zut, ce sont les rugbymen.
Peu importe, j'étais enfin sur les lieux de MON reportage.
Je vis s'approcher deux équipes ; l'une semblait joyeuse et riante, l'autre affichait un regard bovin et laissait échapper quelques grognements. Il ne manquait à ce troupeau que quelques cloches pendues au cou pour qu'on se crût en Suisse. J'accostai poliment les bovidés :
Moi 
-- Euh... Salut les gars ! Dites donc... Quel MATCH !
Eux 
-- Meuuuh, bof, on vient de se faire torcher...
(Le type qui venait de parler semblait être le chef de la bande).
Moi 
-- Oui, mais malgré la supériorité des adversaires, vous avez su rester debout.
Le Chef 
-- Ben avec le temps qu'il fait, c'était inévitable. Je sais même pas si je vais ravoir ce T-shirt au lavage (Ceux qui n'ont pas compris le jeu de mot avec «boue» peuvent partir, ils n'auront jamais leur diplôme).
Moi
-- Non, je voulais dire qu'une équipe normale qui mène un match au début comme vous tout à l'heure joue la montre ou s'affaisse... Alors que v...
Le petit chef 
-- EH ! Reste poli ! On n'est pas le genre d'équipe à jouer la «Mon trou, sa fesse» et...(Ceux qui n'ont pas compris le jeu de mot...)
Un bovidé 
-- Eh chef ! C'est bizarre, on dirait que ça sent la merguez...
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Je mentis :
Moi 
-- Oui, j'ai interviouvé le gars qui s'occupait du barbecue mais...
Le même bovidé 
-- Et maintenant tu viens faire ODEUR au perdant (Il éclate de rire, d'un rire gras, très gras...)(Ceux qui...)
Le troupeau 
-- Meuh, meuh, meuh...
Je tournai les talons et laissai le bétail se gausser de sa pauvre blague de rugbyman. Je m'étais trompé tout à l'heure, c'était un troupeau de cloches avec une vache pendue au cou et non l'inverse !
Bon. Où est passée l'équipe gagnante ?... Pff ! Quelle question... À la buvette, évidemment !
J'accourus prestement auprès du débit de boisson, sortis mon micro et commençai l'interview. Je trouvai le capitaine...
Moi 
-- Salut, je travaille pour Sexe, Menson...
Le capitaine
-- Salut gars ! Tu veux un pastaga ?
Moi
-- Un quoi ?
Le capitaine
-- Un jaune, un pastis quoi !
Moi 
-- Ah non, désolé je ne bois pas... Mais je suis du journal et j...
Le capitaine 
-- Mais on s'en fout ! Bois un coup !
L'équipe derrière 
-- On s'en fout ! Bois-un coup ! On s'en fout ! Bois-un coup ! On s'en fout ! Bois-un coup !
Moi 
-- Mais non enfin... Bon, qu'avez-vous pensé de ce match endiablé ?
Le capitaine 
-- Mais tu me fais chier avec ta question de fouille-merde ! BOIS UN COUP !
Moi 
-- Bon, un p'tit blanc alors...
La barwoman 
-- On n'a que du jaune...
Moi 
-- Même pas un rouge... bon, un jaune alors...
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Un type débarqua alors en sortant comme une tornade blanche d'une 205 bordeaux qu'on eut dit repeinte à la main avec de la mauvaise gouache. Il courrait vers le bar, rougi par l'effort (le type, pas le bar).
Le gars
-- Un jus d'orange... et une merguez...
La barwoman 
-- On n'a que du jaune... Quant à la merguez, il va falloir attendre ou vous allez la manger bleue...
Moi 
-- Vous zan zavez pas marre de faire des jeux de mots débiles avec les couleurs ? Non parce que c'est-à-dire que si le type-là, il a du jaune au lieu de l'orange et une merguez bleue, je comprendrais qu'il devienne blanc. Il ne va quand même pas se fâcher tout rouge pour avoir un verre.
La barwoman 
-- N'empêche qu'on n'a pas d'orange... Mais on a du jaune...
Moi 
-- Mon Dieu, c'est donc une véritable série noire...
Le cap'taine 
-- Bon, tu nous enquiquine avec tes couleurs... Alors casse-toi avant qu'on ne te drope par-dessus le bar...
Ne voulant pas offenser le sportif et risquer de me prendre un marron, je m'éclipsai à l'anglaise pensant qu'il valait sans doute mieux finir vert de peur plutôt que couvert de bleus (c'est le problème avec les rugbymen, ils sont aussi bons pilier de bar que pilier tout court...)
Cette fois j'avais vraiment fichu mon reportage en l'air et je n'avais plus qu'à rentrer me coucher. Avant cela, je passai prendre Died que je trouvai en train de se débattre avec un Yann complètement hystérique voulant absolument faire griller notre véliplanchiste...
Ah, on ne me reprendra plus au piège infâme des commentaires sportifs sous couverture. Zut, y'a des choses plus drôles à faire sous des couvertures !
Benny la Houppette

Extrait de «Sexe, Mensonges et Ragots interactif», juin 1997

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