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III. C. Documentaires | ||
Les truculentes bouffonneries de Benny la Merguez ! Le tournoi de rugby de l'ENSCPB vu depuis le barbecue ; un reportage dans le feu de l'action par Benny la Houppette Il
était à peu près dix-sept heures trente quand votre
serviteur foula le sol du stade du Chiquet en ce fameux vendredi 14 mars
1997 — jour du poisson — veille de la nuit Cybèle. Le ciel était
alors très gris et il allait pleuvoir ; un vrai temps de rugbyman
comme je le redoutais !
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Une
chose me turlupina soudainement : pourquoi diable avais-je du endosser
l'identité de ce Ramirez ? Je me suis dit que tout ceci commençait
à sentir le roussi, et que puisqu'il n'y a pas de fumée sans
feu, ces soupçons devaient être fondés (intuition).
Une fois l'ENSERB, le PIOM, puis tous les autres arrivés, les matches purent débuter ; et comme les traditions sont tenaces, la pluie se mit à tomber. Par réflexe mental, je me suis surpris à penser que la situation allait se «corser» — comme Napoléon l'avait dit avant moi. Je ne croyais pas si bien penser ! On m'appela à l'extérieur : -- Ramirez ! -- Euh, oui... -- Viens faire les merguessss ! QUOI ! Moi, les merguez ? (et qu'est-ce que c'est que cet accent ?) Aaargh ! J'accourus au dehors en espérant que quelqu'un d'autre que moi se prénommait Ramiresss. Hélas, c'était bien moi qu'on avait demandé. On me tendit un journal, des allumettes CPB et on me posta au côté d'un demi baril de métal à moitié rempli de cendres ; de toute évidence un barbecue primitif de l'ère paléolithique. Après qu'on m'ait balancé une vingtaine de kilos de charbon de bois et un laconique «Grouille-toi Ramirez, on a les crocs», je me retrouvai seul et je me suis dit que de toute évidence quelque chose dans mon plan avait foiré ! Un de mes indics avait dû se faire griller, c'était la barbe(cue) ! Il fallait maintenant que je réussisse à me sortir de ce pétrin ou bien alors j'allais me faire chauffer les oreilles. «Du calme, du calme, pensais-je, j'ai le temps, y'a pas le feu !». De toute façon, je devais sauver ma couverture avant qu'elle ne parte en fumée, jouer Ramirez le Roi de la Merguez le mieux possible et garder contre mauvaise fortune pompier et bon œil. Je chiffonnai donc quelques feuilles de papier, remplis le demi-cylindre de charbon et je mis le feu non sans m'être au passage énervé après ces s... d'allumettes CPB à la c... «Bien, très bien, murmurai-je, pour l'instant je maîtrise la situation. Mais ne nous enflammons pas, si je ne bouge pas d'ici, je ne verrai rien des matches...» |
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J'abandonnai
le barbecue à son sort pour tenter de suivre le premier match. Direction
la buvette. À mon entrée, je découvris que ma place,
mon poste d'observation, celui que j'avais si longtemps cherché,
était occupé par trois olibrius féminins ; elles couraient
dans tous les sens, des verres de pastis à la main. Sur leur T-shirt
on trouvait un éléphant ayant l'air aussi aimable et mondain
qu'un pitt-bull affamé. L'une des jeunes femmes m'interpella : «Deux
merguez, une saucisse, et grouille-toi Ramirez, ils ont les crocs !»
Enfer et damnation, il allait falloir la jouer fine, ça allait être chaud ! J'empoignai quelques barquettes de charcuterie et retournai auprès de mes braises. Mon Dieu, toute une vie passée dans le journalisme pour en arriver là... Je sentis que je perdais courage, j'eus même l'espace d'un instant l'idée de me mettre à table et de tout déballer. Et puis je me suis dit qu'avec la température qui régnait près du feu, il ne m'auraient pas cru... ils m'auraient cuit. Alors, désolé, anéanti, je commençai à aligner sur la grille brûlante rangées de saucisses après rangées de merguez en affrontant les flammes de cet enfer de poche auquel Vulcain même n'aurait oser rêver. Peu à peu le personnage de Ramirez me rentrait dans la peau — avec l'odeur délicieuse de la graisse brûlée — et une lancinante mélopée vint chantonner à mes oreilles : «Les merguez sont mes amies, il faut les aimer roussies...» Ah ! Quelle honte ! Un peu plus tard, un type déguisé lui aussi en bouteille de bière avec ce même T-shirt rouge que je portais, vint à ma rencontre et me salua : «Tiens, salut Benny !» Par un réflexe incontrôlé et totalement involontaire, j'attrappai le gars par le colbac et lui mis la fourchette chauffée au rouge sous le menton. -- Mais ta gueule enc..., je suis ici incognito. Redit ça une seule fois et tu finis sur le grill avec les autres, OK ? -- Oh pardon Benn... -- Ramiress, appelle-moi Ramiress, le roi de la merguess... Je lachai le pauvre type et reconnu un collègue : Died... Palsanbleu, que fichait ce trublion dans les parages ? |
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J'y
étais !
Le journal ! Il m'avait envoyé une équipe de secours ! Je me retins de l'embrasser...
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Je ne réalisai pas
de suite que Yann venait de me sauver la mise et que j'allais pouvoir enfin
observer quelques beaux passages de balle sur la verte prairie du Chiquet.
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Au
passage devant la buvette, mes nerfs réclamèrent une catharsis
et je ne pus m'empêcher de demander un sandwich avec tact et politesse
: «DEUX MERGUEZ,
UNE SAUCISSE PAS TROP CRUE GRILLÉE D'UN SEUL CÔTÉ ET
QUE ÇA SAUTE PARCE QUE J'AI
LES CROCS !» Une fois en possession de mon trophée,
je me suis dirigé vers le bord de la pelouse d'un pas léger
et finalement assez heureux de pouvoir restaurer à la fois mon calme
et ma personne.
M'accoudant à la rambarde qui entourait le stade, je pris une grande respiration. Quel bonheur de respirer de l'air pur ! Ici, il faisait clair, quelques vaches paissaient gentiment... Ah, non... mais... zut, ce sont les rugbymen. Peu importe, j'étais enfin sur les lieux de MON reportage. Je vis s'approcher deux équipes ; l'une semblait joyeuse et riante, l'autre affichait un regard bovin et laissait échapper quelques grognements. Il ne manquait à ce troupeau que quelques cloches pendues au cou pour qu'on se crût en Suisse. J'accostai poliment les bovidés :
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Je
mentis :
Bon. Où est passée l'équipe gagnante ?... Pff ! Quelle question... À la buvette, évidemment ! J'accourus prestement auprès du débit de boisson, sortis mon micro et commençai l'interview. Je trouvai le capitaine...
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Un
type débarqua alors en sortant comme une tornade blanche d'une 205
bordeaux qu'on eut dit repeinte à la main avec de la mauvaise gouache.
Il courrait vers le bar, rougi par l'effort (le type, pas le bar).
Cette fois j'avais vraiment fichu mon reportage en l'air et je n'avais plus qu'à rentrer me coucher. Avant cela, je passai prendre Died que je trouvai en train de se débattre avec un Yann complètement hystérique voulant absolument faire griller notre véliplanchiste... Ah, on ne me reprendra plus au piège infâme des commentaires sportifs sous couverture. Zut, y'a des choses plus drôles à faire sous des couvertures ! Benny
la Houppette
Extrait de «Sexe, Mensonges et Ragots interactif», juin 1997 |
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